Les stratégies climatiques se font plus ambitieuses, traçant la voie vers des sociétés plus sobres et résilientes. Entre contraintes réglementaires et opportunités économiques, la transition énergétique transforme profondément la construction.
En Suisse, la Stratégie énergétique 2050 fixe le cadre fédéral : un parc immobilier économe en énergie, une production renouvelable intégrée, et une sortie progressive des énergies fossiles pour le chauffage des bâtiments.
Les cantons déclinent cette vision à leur échelle, parfois avec une rigueur accrue, à l’image du canton de Vaud dont la future loi sur l’énergie prévoit des délais contraignants pour la rénovation des « passoires énergétiques ».
La construction neuve s’engage elle aussi dans une transformation profonde, guidée par le principe de circularité.
L’État et les communes, en montrant l’exemple, incitent désormais les acteurs privés à privilégier le réemploi, la réparation et le recyclage.
La durabilité s’impose comme fil conducteur des politiques publiques. Plus qu’encouragée, elle devient la norme.
Si elle répond d’abord à des objectifs climatiques, la rénovation énergétique représente aussi une solution pragmatique face à la croissance démographique. En optimisant le parc bâti existant, il devient possible de loger davantage de ménages sans étendre les zones à bâtir ni accroître la mobilité induite.
C’est également une stratégie de valorisation patrimoniale et économique : en améliorant la performance énergétique, les propriétaires préservent la valeur de leur bien tout en accédant à de nouvelles perspectives de revenus locatifs dans un marché fortement régulé.
Enfin, la rénovation contribue directement à améliorer la qualité de vie. Dans un contexte climatique profondément transformé, protéger les habitants et habitantes des vagues de chaleur estivales devient un enjeu majeur, pour ne citer que celui-ci.

À titre d’illustration, découvrez ci-après quelques projets de DOLCI Architectes, bureau yverdonnois investi depuis de nombreuses années dans l’assainissement énergétique et la préservation du patrimoine.
Au cœur de la zone piétonne d’Yverdon, le bâtiment emblématique du magasin Manor est en pleine métamorphose. Le projet prévoit son assainissement énergétique complet, la mise aux normes de sécurité, et la création de neuf logements dans les combles et surcombles. De plus, les façades seront repensées pour allier tradition et modernité pour un nouveau visage du bâtiment fidèle au charme du centre historique.
Toujours à Yverdon, le Centre catholique du Nord vaudois, projet lauréat d’un concours remporté par DOLCI en 2012, vient d’être inauguré. Il s’agissait de rénover l’ensemble patrimonial comprenant l’église, l’ancienne école, et la cure, à laquelle seraient reliés trois nouveaux bâtiments construits en brique monolithique en terre cuite CAPO, matériau durable et à haute inertie thermique.

À Champagne, l’ancien collège communal est reconverti en pôle médical contemporain, tout en valorisant le patrimoine bâti et en améliorant la performance énergétique du bâtiment du début du XXe siècle. La préservation patrimoniale se traduit par la conservation d’éléments d’origine comme les moulures, sols, et armoires, ainsi que la restauration de la charpente et de la toiture. Un ascenseur sur mesure sera aussi intégré au cœur de l’escalier historique, sans altérer la volumétrie.
Les objectifs fixés pour la transition énergétique se heurtent à des réalités complexes, voire contradictoires. Tous les impératifs ne peuvent parfois pas être atteints simultanément.
L’équilibre se joue sur trois axes :
– Le patrimoine, avec la reconnaissance croissante de bâtiments autrefois jugés contemporains, désormais considérés comme des témoins d’une époque à préserver.
– La durabilité, qui impose une réduction des besoins énergétiques souvent au-delà des standards actuels.
– La réglementation, dont les cahiers des charges tortueux peuvent conduire à des arbitrages délicats.
Pour répondre à ces enjeux, il s’agit non seulement d’élargir la perspective – en prenant en compte l’ensemble du cycle de vie du bâtiment, de sa construction à son exploitation – mais aussi d’adapter certaines pratiques administratives héritées d’une autre époque.
Ce cadre redéfinit en profondeur les métiers de la construction, et le rôle de l’architecte évolue : de concepteur, il devient caretaker, jonglant entre la transformation des espaces (surélever, reconvertir, préserver), et la maîtrise d’une réglementation en évolution pour répondre aux ambitions législatives.
La rénovation de bâtiments brutalistes des années 1970 illustre parfaitement les enjeux d’amélioration de la performance énergétique et de préservation de l’identité architecturale. Pour ces fameuses « passoires énergétiques », à l’image de la HEIG-VD ou du Collège de Prilly, la conservation et le réemploi sont de mise : carrelages, portes, et mobilier sont manipulés et remis en conformité avec soin. Citons, par exemple, l’ajout de vitrages performants aux cadres de fenêtres d’époque. À la rénovation complète de l’enveloppe, viennent s’intégrer de nouvelles solutions durables comme les panneaux photovoltaïques et les toitures végétalisées.
Dans ce contexte en mutation, les acteurs et actrices de la construction jouent un rôle central à la croisée entre enjeux techniques, réglementaires et sociétaux. En ce sens, Alberto Verde (Associé chez DOLCI Architectes) s’est activement engagé pour la mise en place du Centre de compétences pour la durabilité dans la construction (ccdc.ch) dont il assure la présidence depuis son lancement en juin 2025.
Article paru dans le focus architecture et construction de PME magazine le 26 novembre 2025